Ma pratique s’intéresse aux processus de transformation qui façonnent les territoires. Je travaille la sculpture, l’installation et la vidéo à partir de matières brutes.
Mon attention portée aux processus naturels s’est progressivement déplacée vers une réflexion sur les effets de l’activité humaine sur les milieux notamment sur l’érosion comme phénomène géologique, environnemental et politique.
Cette recherche prend aujourd’hui une forme particulière dans Mauvaises terres, corpus développé à partir des terres noires des Alpes-de-Haute-Provence. Ces paysages de marnes fortement érodées révèlent des tensions entre temporalités géologiques, biologiques et humaines. Leur érosion naturelle est aujourd’hui bouleversée par les transformations anthropiques notamment par la déforestation et les aménagements hydrauliques. L’homme est aux prises avec les phénomènes naturels essentiels, cycle de l’eau, climat, érosion et sédimentation.
Ces territoires accidentés indomptables sont alors qualifiés de pauvres et inutiles : sols fragiles, impropres à l’agriculture, difficiles à exploiter ou à construire, dépourvus de ressources immédiatement valorisables. Pourtant, ils portent les traces d’autres temporalités, depuis les sédiments déposés dans les mers anciennes jusqu’aux fossiles qu’ils ont conservés. Les temps géologiques et humains s’y superposent, révélant la fragilité de notre emprise sur des processus qui nous précèdent et nous survivront.
En contrepied de cette dévalorisation, le cœur de mon travail actuel est bâti autour de la mise en scène de matières brutes considérées comme sans valeur.
La marne noire, gênante et indomptée, devient l’objet de désir : pièce unique, elle révèle une grande diversité de textures, de duretés et de nuances, du noir profond au gris clair. Son relief devient la trace visible d’un paysage marin ancestral aujourd’hui porté au sommet des montagnes.
Je travaille également le végétal comme le genêt marqueur du réensauvagement des terres pauvres impropres à l’agriculture et de l’abandon de l’élevage extensif ou les galets de rivière arrachés aux montagnes fertiles puis érodés par l’eau des rivières traversant les mauvaises terres.
Chaque prélèvement est situé. Ses coordonnées géographiques deviennent le titre de l’œuvre et sont associées à une courte captation sonore. La matière devient fragment d’une archive sensible.
Mauvaises terres est un laboratoire qui interroge notre manière d’attribuer de la valeur au monde : ce qui est rare, utile, exploitable, productif ou digne d’être préservé.
ll ne s'agit pas de représenter ou d'idéaliser la nature, mais de mettre en crise toute prétention à la dominer et de reconsidérer notre place au sein de processus qui nous dépassent.