Les paysages de marnes des Alpes-de-Haute-Provence fortement érodées révèlent des tensions entre temporalités géologiques, biologiques et humaines. Leur érosion naturelle est bouleversée par les transformations anthropiques notamment par la déforestation et les aménagements hydrauliques. L’homme est aux prises avec les phénomènes naturels essentiels, cycle de l’eau, climat, érosion et sédimentation.

Ces territoires accidentés indomptables sont qualifiés de pauvres et inutiles : sols fragiles, impropres à l’agriculture, difficiles à exploiter ou à construire, dépourvus de ressources immédiatement valorisables. Pourtant, ils portent les traces d’autres temporalités, depuis les sédiments déposés dans les mers anciennes jusqu’aux fossiles qu’ils ont conservés. Les temps géologiques et humains s’y superposent, révélant la fragilité de notre emprise sur des processus qui nous précèdent et nous survivront.

La marne noire, gênante et indomptée, devient objet de réflexion. Terre enfouie, paysage marin ancestral, comprimée, soulevée puis exposée, elle nous engage dans un déplacement à travers les profondeurs de la lithosphère et l’épaisseur des temps géologiques.
Le végétal comme le genêt est marqueur du réensauvagement des terres pauvres impropres à l’agriculture moderne et de l’abandon de l’élevage extensif. Les galets de rivière arrachés aux montagnes fertiles puis érodés par l’eau des rivières jalonnent les mauvaises terres.


The highly eroded marl landscapes of the Alpes-de-Haute-Provence reveal tensions between geological, biological and human temporalities. Their natural erosion has been profoundly altered by anthropogenic transformations, notably deforestation and hydraulic engineering. Here, human activity is entangled with fundamental natural processes: the water cycle, climate, erosion and sedimentation.

These rugged, untamed territories are often described as poor and unproductive: fragile soils, unsuitable for agriculture, difficult to exploit or build upon, and devoid of immediately valuable resources. Yet they bear the traces of other temporalities, from sediments deposited in ancient seas to the fossils they have preserved. Geological and human times overlap here, revealing the fragility of our hold over processes that preceded us and will outlast us.

Black marl, resistant and untamed, becomes an object of reflection. Buried earth, an ancestral marine landscape, compressed, uplifted and eventually exposed, it draws us through the depths of the lithosphere and the vast duration of geological time.

Plants such as broom mark the rewilding of poor land unsuited to modern agriculture and the abandonment of extensive livestock farming. River pebbles, torn from the mountains and worn down by flowing water, punctuate these marginal lands.